mardi 17 mars 2015

L'étape de Bouaké


"Comment faire le tour d'une ville en moins d'une journée ?"
C'est la question que je me suis posée à 14 heures quand le car faisait son entrée dans la ville de Bouaké. Accueillis par un paysage de savane, nous sommes là dans le cadre des présélections Miss Côte d'Ivoire 2015. On est le samedi 14 mars et ce soir, la ville de Bouaké connaîtra ses trois reines de beauté.

L'antenne de la RTI de Bouaké


Moi je dois faire le tour de la ville. Chaque minute est précieuse. Contrairement à l'étape de Man, nous avons pris la route le samedi plutôt que le vendredi. Bouaké est à 350 Kilomètres d'Abidjan. Normal.



Bouaké, la nostalgie

Située au centre de la Côte d'Ivoire, Bouaké anciennement appelée Gbekekro (Village de Gbeke, premier roi) a longtemps été l'une des villes les plus incontournables du pays. Son peuple est baoulé, une ethnie très présente en Côte d'Ivoire. Bouaké a longtemps été caractérisée par son activité commerciale dense et son carnaval notamment. Peut être trop nostalgique, je m'étais faite des espoirs de belles découvertes bien que mon passage soit bref. J'avais à l'esprit cette ville de Bouaké que m'avaient relatée des amis plusieurs années auparavant.

Mais le temps a passé, et j'ai réalisé qu'en fait une demi journée suffisait largement à visiter la ville. Je me mets en quête d'une chambre d'hôtel. Je sais: "Tu aurais dû réserver Orphelie"...
 Alors je me mets en quête d'une chambre d'hôtel bon rapport qualité-prix. Ici je puis vous assurer que l'offre dépasse largement la demande. Des motels plus que des hôtels, Bouaké en a. J'en visite deux. Je fais l'impasse. Le RAN hôtel, un des hôtel les plus privilégiés est plein.

Le RANHOTEL


Olivier, mon moto-taxi personnel

Ici, en terme de transport, la moto est devenue le principe. Pas de casque, parfois à 5 sur une moto, les habitants sont des habitués de ce moyen de transport qui passe partout et coûte même plus cher que le taxi qui s'entête.
Je suis entrée en contact avec Olivier la veille de mon arrivée, grâce à un ami bouakois. C'est avec lui que je ferai tous mes déplacements le temps de ce court séjour. Il s'improvise guide pour la circonstance. Mais mon guide est lui même bien blasé par le peu de chose à me montrer.

Les restes du QG des rebelles de 2012

Il n'y a plus rien ici
L'année 2002 a marqué de façon historique Bouaké. "La guerre" comme ils aiment à le dire banalement et dépités par ici, a eu un impact négatif sur l'environnement ambiant de la ville. Je m'habitue à la vision de bâtiments détruits, de villas désossées. Le commerce des sculptures et autres articles artisanaux autrefois florissant s'est laissé intimider par la situation sociale. Quoiqu'il en reste quelques uns qui persistent et trouvent preneurs.



Mais j'ai fait mes leçons avant de venir. J'ai cherché ces choses qui faisaient la particularité de la ville. J'ai trouvé le marché de gros, la SITARAIL, la statue du vieux Gbeke, symbole de la naissance de Bouaké.


L'entrée du marché de gros

Plaque tournante du commerce inter-Africain

Le marché de gros

Il est le plus grand de l'Afrique de l'Ouest.  Ignames Colas, Oignons... Amassés dans des sacs, ils sont entassés dans de gros camions qui iront approvisionner les pays de la sous régions et les villes de la Côte d'Ivoire. Le Marché de gros a des airs de centre commerciale à ciel ouvert. Il a aussi de l'allure, un charme certain caractérisé par les scènes de marchandage, les va et viens réguliers.

Le marché de gros


La SITARAIL

Située sur la ligne du chemin de fer qui relie Abidjan à Ouagadougou au Burkina Faso, Bouaké dispose d'une gare ferroviaire exploitée par la Sitarail. La Société internationale de Transport Africain par le Rail constitue un point névralgique dans le transport d'agroalimentaires.
Dimanche quand je rentrais, les femmes attendaient encore le train. Sereines, elles ont l'habitude de l'exercice.  Le train arrive et les voici qui accourent.

La SITARAIL

Foutou igname
Quand j'ai demandé à Olivier, j'avais déjà une idée de la réponse. Je suis moi même baoulé de par ma mère. Quand vous êtes  souffrant, rien de mieux qu'un foutou igname avec la sauce gnangnan pour vous remettre d'appoint. La nourriture de prédilection ici est donc l'igname, pilée de préférence.

Foutou igname (crédit photo: ivoireguide)


Hospitaliers et pacifiques
Le peuple bouakois est accueillant. J'ai pu m'en rendre compte plus d'une fois. Olivier mon cavalier à moto, en est l'exemple palpable. Prévenant et disponible, c'est d'ailleurs lui qui m'a trouvé un hôtel dans le quartier de Koko. Ah! Parlons des quartiers.

En compagnie de Olivier


Kennedy, Air France, Belleville, Commerce, Koko... 

Kennedy est à Bouaké ce que la riviera est à Abidjan.
Air France est à Bouaké ce que Marcory Résidentiel est à Abidjan
Koko est à Bouaké ce que Koumassi est à Abidjan
Commerce est à Bouaké ce qu'un mixage entre le Plateau et Adjamé serait à Abidjan

La population se désole des arbres tombés pour la construction de bâtiments jusque là non encore démarée


A moto, le vent en poupe, me sentant des allures d'aventurière, j'ai fait paisiblement le tour ce cette cité cosmopolite avec un potentiel qui mériterait d'être mis en valeur. J'ai vu que Bouaké a un potentiel énorme et que les stigmates des crises passées ne devraient plus être un frein à son développement.

L'affaire Abla Pokou
Avant de voyager j'ai voulu connaître le bagage historique de la ville. En dehors de l'histoire qui voudrait que le nom Bouaké proviendrait de deux mots baoulés : « Boua » qui signifie mouton et « Ké » qui signifie sec, j'ai entendu dire que la sépulture de la reine Abla Pokou était dans la ville. Eh bien j'apprendrais qu'il s'agit d'une rumeur tenace et non vérifiée. En effet la tombe se trouverait plutôt à Sakassou.

La statue du vieux Gbêkê dans le quartier commerce

Université Alassane Ouattara
C'est le premier lieu que j'ai visité, principalement le campus 2. Les images parleront mieux pour moi.



Nous rentrons dimanche autour de 10 heures. Le voyage est aussi agréable qu'à l'aller. A la sortie de Bouaké, dans le village de TounZuébo, un atelier plein air de tisserands. Ils confectionnent le pagne tissé baoulé. Les 2 morceaux coûtent 12.000 Francs CFA. Un prix raisonnable comparé à celui pratiqué dans la capitale économique.

Les pagnes tissés typiquement baoulés


Deux heures plus loin, deuxième stop. Cette  fois pour "faire le marché". Sur les routes de l'intérieur de la Côte d'Ivoire, les vivres coûtent nettement moins cher. Ils viennent directement du champs ou de la brousse.
J'ai pris des bananes et des escargots


En tout, j'aurai fait 20 heures dans la ville de Bouaké, reine déchue, promise à un avenir au moins aussi reluisant que par le passé.

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